[Communiqué de presse] Accord en Guyane: une mise en garde pour le futur président de la République

Publié le par Patrick Karam

Patrick Karam, ancien délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'Outre-mer, président d'honneur du Conseil Représentatif des Français d'Outre-mer (CREFOM) tient à saluer la signature (à la veille de l'élection présidentielle) de l'Accord de Guyane entre le gouvernement et les différents acteurs de la crise.

Il regrette toutefois les tergiversations et le retard à répondre aux revendications légitimes des Guyanais qui auront des conséquences lourdes, notamment pour l'économie et l'emploi avec des dépôts de bilan qui vont s'accélérer, la fragilisation des entreprises locales, de multiples licenciements dans l'année ou les deux ans qui suivront. Ces conséquences existent aussi pour des élus locaux délégitimés par l'incurie de l'Etat à prendre en compte leur différentes alertes et à répondre à leurs revendications. Le message envoyé à travers la Guyane est que seule la mobilisation populaire peut résoudre les problèmes d'un territoire et il faut s'attendre à des surenchères dans le futur.

Patrick Karam met en garde le futur président de la République sur les leçons à tirer de la crise guyanaise sous peine de devoir faire face à d'autres crises sans doute plus dures sur d'autres territoires ultramarins qui seront conduites par la rue.

D'une part, la future majorité doit tenir les engagements pris par l'actuel gouvernement et ne pas tenter de manoeuvre de diversion pour gagner du temps sur l'agenda de rattrapage ou la remettre en question. Il en va de la crédibilité de la parole de l'Etat et de la stabilité de la Guyane déjà durement éprouvée.

D'autre part, le premier chantier du futur gouvernement est celui de la remise à niveau des infrastructures et de l'économie des territoires ultramarins. Si ce chantier n'était pas immédiatement ouvert de gré avec un processus contrôlé pour donner à tous les territoires ultramarins des signaux positifs, un futur gouvernement s'exposerait céder sous la contrainte des manifestations de rue et dans l'urgence des blocages et des affrontements que dirigeront des mouvements populaires qui seront intransigeants sur le contenu et le timing des réformes.

Car ce mouvement, comme celui de 2009, a mis en lumière le profond malaise des sociétés ultramarines lié à l‘échec partiel de 70 années de départementalisation. En effet, malgré des progrès en développement depuis 1946, les Outre-mer qui présentent entre eux des situations contrastées subissent toujours un plafond de verre. Ils ont la particularité de partager un même destin: toujours en queue de peloton des territoires nationaux avec un PIB par habitant dépassant rarement deux-tiers de la moyenne nationale, un taux de pauvreté trois ou quatre fois plus élevé, des retard en termes de santé publique entre 23 ans et 39 ans pour la mortalité infantile, un chômage qui touche plus d'un actif sur cinq et un taux de chômage des jeunes multiplié par deux ou trois.

Les Outre-­mer ne peuvent plus accepter au XXIème siècle une situation d’inégalité collective qui différencie, discrimine et condamne selon que soit né en outre-mer ou dans l’hexagone.

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